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  le blog du café repaire de Metz

Idée initiale de Daniel Mermet dans son émission "là-bas si j'y suis", le café-repaire est un lieu de débat citoyen ; les participants, sur un thème donné, échangent des points de vue, des infos, des idées,... - - * * * * * - - À Metz, le rendez-vous est fixé chaque 6 du mois à 6 h (de l'A.M.), sauf si dimanche ou jour férié, au bar "Le Shannon", 19 avenue Robert Schuman - 1er étage, prendre sa consommation au bar. - - * * * * * - - Notre devise : "droit à la parole, devoir d'écoute" - - * * * * * - - VOUS ÊTES TOUS LES BIENVENUS !

Le R.V. du mois de février 2016

Publié le 8 Février 2016 par leRepaire in le rendez-vous du mois

Les trois P.... du capitalisme : parasite, prédateur, pollueur

Les trois P.... du capitalisme : parasite, prédateur, pollueur

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Thème : «Est-il acceptable que les biens communs soient bradés ou leur gestion confiée à des intérêts privés ?»

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En préalable à ce débat, il n'est pas inutile de donner une définition de ce que l'on entend par «biens communs».

S'il est simple de comprendre ce que sont des «biens publics», comme les routes, autoroutes, éclairage public, …, financés par les impôts et mis à disposition de tous (et il est d'ailleurs scandaleux, par exemple, que des multinationales aient récupéré la gestion d'autoroutes pour en faire des profits), le concept de «biens communs» est plus flou.

Quand on fait des recherches sur internet, on obtient de multiples réponses ne semblant pas toujours cohérentes et partant dans des directions multiples.

De plus en plus souvent, par exemple, ce concept est lié aux données numériques, aux logiciels numériques, etc..., faisant passer en arrière-plan les autres «biens communs», liés au vivant, tout simplement.

La définition juridique est officiellement : «biens communs : biens appartenant à tous et donc à personne».

«Tous» étant les êtres humains, pouvons-nous supposer, même si cela n'est pas précisé.

Ce qui est vital, indispensable, (comme l'eau, l'air, le soleil, la terre vivante (les quatre éléments), les forêts,...) est un bien commun à l'espèce humaine ET à l'espèce animale et à toutes les plantes.

Aucune définition trouvée sur internet n'intègre la faune et la flore aux autres ayant-droits à l'accès de ces biens communs.

C'est assez étonnant, voire inquiétant.

Les animaux, les plantes ne sont en rien concernés par des données numériques pourtant dénommés «biens communs».

Il faudrait trouver une autre dénomination désignant les «biens communs» ne servant pas exclusivement aux être humains, mais au vivant dans son ensemble qu'il est donc encore bien plus important de sauvegarder, de bien gérer avec une vision à long terme et sans aucune perspective de profit financier ....

«Biens communs ET vitaux» (???).

Quelqu'un fait remarquer que «bien» signifie «propriété», par exemple on dit un «bien immobilier», et qu'il faudrait également remplacer ce mot.

Lequel ? Personne ne trouve.

Notre esprit est tellement colonisé par le concept d'économie financière et de développement, que notre imaginaire s'en trouve desséché, étriqué, racorni, soupire un participant.

À la réflexion, c'est le mot suivant qui est déterminant : «communs» signifie bien qui appartient à tous et cela fait toute la différence avec un bien privé, comme l'est un bien immobilier.

«Traiter un bien commun comme un bien privé conduit à sa destruction» - Garrett Hardin, écologue.

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Nous entrons alors bel et bien dans le vif du sujet avec une nouvelle nuance : est-il acceptable que des biens communs, encore plus lorsque ces biens sont vitaux, soient mis à disposition d'intérêts privés ?

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Nous allons parler de deux sortes de biens communs et vitaux : la forêt et l'eau.

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Un des participants, technicien forestier, témoigne de ce qu'il constate de par son métier.

En France, environ 75 % des forêts sont déjà privatisés. Le quart restant sont des forêts domaniales ou communales.

En Lorraine, nous avons encore 66% de forêts non privatisés.

La tendance continue à aller vers forêt = profit à plus court terme possible – le long terme, indispensable à une bonne gestion, est trop souvent oublié.

La fameuse tempête de 1999 a eu au moins un effet bénéfique : l'abandon des forêts en monoculture, plus "productives" (une seule essence dont les éléments sont plantés comme des soldats à la parade) ; cette aberration a amplifié les dégâts – les arbres tombaient comme des dominos. La vulnérabilité accrue lors d'une tempête n'est pas le seul problème induit à la monoculture : les maladies qui attaquent les arbres également : dans une forêt naturelle, la diversité des essences permettent aux arbres «d'échanger» des nutriments et des insectes spécifiques prédateurs les uns des autres.

La recherche de profit ne s'est pas atténuée pour autant. Il n'est pas rare de voir sacrifier des territoires forestiers dans un but lucratif.

Voici un cas récent en Alsace : http://www.amisconfalsace.lautre.net/spip.php?article378

– extrait d'un des commentaires en dessous de l'article : «déboisement "préventif" pour ne pas être obligé de payer les compensations».

La société civile, de plus en plus consciente de la mise en danger de nos «biens communs et vitaux», s'organise pour les défendre. Les désormais célèbres ZAD se multiplient.

ZAD vient de «Zone à Aménagement Différée» transformée en «Zone À Défendre» par des citoyens soucieux de l'environnement.

Voici une ZAD de forêt :

http://foretdehambach.blogsport.de/

Un des participants, zadiste à Notre Dame Des Landes, à Metz pour quelques jours, fait remarquer que l'annonce d'obligation de «compensation» est de la poudre aux yeux : il est, par exemple, impossible de «compenser» une zone humide telle celle de NDDL : les insectes, les petits animaux, les plantes spécifiques seront éradiqués lors des travaux... il n'y a que virtuellement que l'on peut faire un «couper-coller».

L'organisation des zadistes dans le bocage s'intègre dans la nature ; ils y ont leur place dans le respect de la faune et la flore de leur environnement. Ils y ont acquis également une sorte de savoir-faire qui demande bien évidemment à se développer, à se peaufiner car très récente, à peine 5 ans !, mais permet de se sentir en accord avec soi-même et personnellement très enrichissant.

Il s'agit de penser local ; si on prend le problème de défense de la nature sur un plan national, par exemple, [pire encore si on y pense au niveau mondial],on se sent submergé par l'énormité des problèmes auxquels il faut faire face. Chacun sa part, là où il est, là où il veut agir.

Il doit bien évidemment être fait une place aux animaux dans les forêts reprend le technicien forestier. Ainsi, les blaireaux arrachent certains des nouveaux plants : on les laisse faire – c'est la part du blaireau ;-) . Les grands animaux également laissent leurs marques en écorchant certains troncs.

Ils n'ont plus guère de prédateurs et sont, parfois, en grande concentration à certains endroits.

En France, il y a un problème entre les éleveurs et les loups, alors que ces derniers sont pourtant indispensables à un bon équilibre (curieusement, ce problème n'existe pas dans l'Italie voisine où loups et éleveurs cohabitent).

Le lynx va être réintroduit dans la forêt de Bitche annonce une personne et c'est plutôt une bonne nouvelle : http://www.republicain-lorrain.fr/edition-de-sarreguemines-bitche/2016/02/05/une-vingtaine-de-lynx-reintroduits-pres-de-bitche

Qu'on en arrive à devoir «gérer» la nature alors que, sans notre intervention, elle se gère très bien elle-même, montre à quel point nous avons fait et faisons encore des erreurs, souligne un des participants.

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Ce qui nous amène à la gestion de l'eau...

Comme dans de nombreuses communes, à Metz, la gestion de l'eau, bien commun et vital, est confiée à une entreprise privée. Ici, il s'agit de Véolia.

Le contrat qui lie l'agglomération messine et cette multinationale court jusqu'à 1er juillet 2018, date à laquelle il peut être reconduit ou pas.

Le mouvement BASTA milite pour sa non-reconduction.

L'un de ses membres explique : c'est une question d'éthique, il n'y a pas à tirer de profit à partir d'une ressource naturelle ; le réseau de distribution doit être entretenu, les eaux usées doivent être traitées (et les normes sont de plus en plus contraignantes), oui, mais c'est aux pouvoirs publics de le faire et de le financer à partir des impôts et d'une facturation raisonnable de la consommation.

À Metz, annonce une personne, le m3 d'eau coûte 3,80 euros... c'est très cher.

On sait que la gestion de l'eau confiée à des intérêts privés coûte en moyenne 15% de plus aux usagers, renchérit un autre participant.

L'actuel maire est un ancien salarié de l'agence de l'eau de Rhin-Meuse, bassin dont dépend l'agglomération. Fort de cette expérience professionnelle, le maire déclare être le plus habilité à décider de la suite à donner au contrat avec Véolia.

Tout porte à croire qu'il sera reconduit.

Pourtant, l'agence de l'eau où il était employé est un service public... cela pose question.

Ce n'est pas un contrat dit «léonin» (http://www.juritravail.com/lexique/Leonin.html) à très long terme et pouvant être cassé par une décision de justice.

Pourtant, il y a eu déjà des scandales de surfacturation, on constate des problèmes de fuite sur la voie publique (on peut estimer environ à 30% les pertes que cela occasionne = réseau mal entretenu ?), … Véolia remplit-il pleinement sa mission définie par les termes du contrat ?

Lors de la prochaine campagne électorale municipale, qui aura donc lieu début 2018, juste avant la fin du contrat, serait-il possible de faire monter au créneau un candidat de l'opposition exempt de tout soupçon de conflit d'intérêts (voire de corruption), propose quelqu'un ? Par exemple, Untel (nom d'un politicien connu pour le nombre de casseroles qu'il traîne derrière lui) – éclat de rire général.

Si l'on ne peut obtenir la non-reconduction du contrat, il faut au moins exiger le contrôle des facturations, celui de l'entretien du réseau, bref : rediscuter certains termes du contrat.

Demander également que l'accès à l'eau soit publique : retour à des fontaines publiques, par exemple.

En ce qui concerne la facturation, il serait bien de le faire par paliers : tarif quasi gratuit pour une consommation quotidienne vitale (en déterminer la quantité par individu), suivi d'autres progressifs... payer le même prix pour boire, faire cuire des aliments ou pour remplir sa piscine est une aberration.

Les plus gros consommateurs ne sont pas les particuliers, ce sont les agriculteurs et, notamment, les céréaliers, rétorque une personne.

La plupart des agriculteurs utilisent un étang ou un système de forage précise quelqu'un.

C'est vrai, mais cela réduit le volume d'eau des nappes phréatiques et l'eau usée qui s'écoule des champs est souvent saturée de pesticides.

Extrait de «cash investigation» : https://www.facebook.com/france2/videos/10154515997112598/

Les pratiques de culture dites «conventionnelles» sont la cause d'une pollution conséquente et, pour cette raison, le traitement de l'eau tenant compte des normes en vigueur coûte beaucoup.

Les céréaliers utilisent de l'eau dite propre (forage, par exemple), les maraîchers, eux, en particulier ceux produisant des «légumes feuilles», sont obligés, pour des raisons sanitaires, d'utiliser de l'eau potable... et c'est une consommation non négligeable.

Et les centrales nucléaires !!! Un volume considérable d'eau est utilisé pour le refroidissement... et cette eau tue toute vie dans la rivière ou le fleuve où elle est ensuite rejetée chaude.

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Y a-t-il des villes qui ont pratiqué le retour à une gestion publique de l'eau ? Oui, et il y en a de plus en plus, même si il n'y en a pas encore assez.

Grenoble l'a fait – Paris l'a fait et Anne Le Strat, adjointe au maire Delanoé, était venue faire une conférence sur ce sujet à Metz.

Elle avait témoigné des difficultés rencontrées, des pressions, des mensonges, … et de l'état déplorable du réseau quand la mairie en a récupéré la gestion.

Il est évident que l'entretien du réseau de distribution n'est pas la première préoccupation d'une multinationale : seuls les actionnaires comptent.

Il avait fallu également réapprendre un savoir-faire perdu.

Mais c'est fait : depuis 2010, Paris a re-municipalisé la gestion de l'eau et l'expérience décrite par Anne Le Strat peut servir à toutes les villes qui font preuve de la même volonté.

http://www.lenouveleconomiste.fr/lesdossiers/la-gestion-de-leau-privee-ou-publique-13815/

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Terminons par ce témoignage de Michel Partage, également président de l'association EAU (Élus, Associations, Usagers), de la petite commune de Varages, dans le Var : [neuf ans après sa mise en place, le bilan du retour à la gestion publique de l’eau est sans appel.] « Aucun élu ni usager n’imagine une autre gestion de ce bien commun de l’humanité sur la commune..».

http://www.bastamag.net/Gestion-de-l-eau-quand-le-service

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Pour aller plus loin :

 

- Une vidéo très intéressante sur la forêt : https://www.youtube.com/watch?v=ObZSexdPtiI

 

- Article «la France ne protège pas sa nature» : http://www.reporterre.net/La-France-ne-protege-pas-sa-nature

 

- Article sur les pratiques de glanage considéré comme un bien commun : http://scinfolex.com/2016/02/06/retour-et-metamorphoses-du-droit-de-glanage-racine-historique-des-communs/

 

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Ajout en date du 11 février 2016 -

Le technicien forestier présent au débat tient à apporter les précisions suivantes (merci à lui) :

"75% de la forêt EST privée, elle n'a pas été privatisée, ce qui laisserait sous-entendre que celle-ci aurait été vendue par le domaine public au domaine privé.
Le caractère de propriété forestière privée est historique puisque cet état de fait remonte sans doute au moins à l'époque du moyen-âge, voire gallo-romaine : domaines seigneuriaux, cléricaux, de libres paysans, etc. Vu sous cet aspect, le propos change totalement de sens.
Précision : l'immense majorité des forêts privées de France comme d'ailleurs sont des espaces ouverts et libres d'accès à tout-un-chacun. On ne s'approprie pas exclusivement la jouissance du site.
Malheureusement, il est à constater que, bizarrement, concernant cet espace, tout le monde semble vouloir s'en approprier la mainmise sans, d'une part en connaître un minimum de son fonctionnement, d'autre part, sans prétendre y engager la moindre dépense, le moindre effort.
Une autre catégorie de public qui semble croire que la forêt étant un "bien commun", ce territoire leur est ouvert, ce sont les quadistes, "motocrasseux" et autres pollueurs ou cueilleurs compulsifs du week-end.
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Concernant le soucis de gestion pérenne et soutenable par le milieu, il me faut insister sur cette préoccupation du CNPF* : de maintenir la vocation naturelle et patrimoniale des forêts qu'il suit, malgré les pressions parisiennes à vouloir pousser la ressource bois dans les griffes de sociétés telles Dalkia, Cofely ou autres Vinci Environnement.

C'est à ce niveau que se situent les vrais risques de dérive en matière de gestion à court terme et de mise en monoculture incompatible avec la biodiversité, et avec la complicité de l'Etat au travers de divers leviers juridiques et autres subventions.

Enfin, si on prend l'exemple des forêts publiques en exemple de gestion respectueuse de cette biodiversité, c'est précisément dans ces mêmes forêts publiques que la pression exercée sur le prélèvement de la ressource est la plus forte. C'est bien pour cela que les pouvoirs publics lorgnent aujourd'hui sur la ressource en petite forêt privée.

Pour conclure, je dirai que la multiplicité des gestionnaires limite, de par leur diversité et leur nombre, le risque et l'ampleur de catastrophes liées à de mauvais choix de gestion."

*Centre National de la Propriété Forestière.

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